Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

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Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Myl » Mar 16 Aoû 2011, 16:35

Oh, il ne s’est rien passé de si extraordinaire a priori. Quelques manifestations mais bon, faut voir..

Après m’être affairée à différents trucs, j’ai savouré le silence de la campagne, assise à table et grignotant des bricoles, penchée sur des lectures qu’éclairait à la verticale une violente lumière de table de poker. Le reste de la pièce demeurait dans la demi-pénombre.

Il n’y avait pas de travaux dans la rue, pas de voiture ou de scooter passant, pas de porte d’ascenseur qui se refermerait, pas de voisins claquant leur porte, aucun bruit, même pas celui d’un chien. J’étais seule au monde. Mais vraiment seule au monde, pas de voisins ?

En tout, cette 1ère nuit, j’ai dû entendre 3 ou 4 « trucs » venant de la maison d’à côté. C’est au second "truc" que j’ai commencé à réaliser que j’avais mis les pieds dans un enfer dont j'ignorais tout auparavant. En tout cas, sur lequel je n'avais jamais porte aucun crédit sérieux.

J’étais alors penchée sur une carte de la région d’Armor qui m’absorbait, me rappelant les bleds que je connaissais déjà, me demandant quels chemins allait nous faire emprunter Eliot pour sa rando, quand un coup dur et sourd, une sorte d’enclume qu’on aurait déposée lourdement au sol de la maison d’à côté, a propagé son onde de choc une seconde plus tard jusqu’à soulever légèrement mes pieds et surtout la chaise sur laquelle j’étais assise !

Là, je me suis pétrifiée. Une statue de sel.
C’est une chose que d’entendre des bruits de bois qui craquent ou de meuble qu’on déplace ( !) et une autre que de se sentir physiquement soulevée à la suite d’un coup extrêmement lourd venant d’une autre pièce, de l’autre côté du mur. Il y avait quelqu’un de l’autre côté du mur pourtant épais d’un mètre, qui venait de faire tomber un gros objet au sol.. à part qu’il avait personne ! Ce n'est pas croyable ! Ca n'existe pas normalement. C'est des contes pour enfants ou faibles d'esprit. Pourtant, la chaise avait bien été soulevée avec moi dessus et avait même fait un petit bruit "normal" en retombant sur le sol ! Je n'y crois pas, je n'y crois pas !

Ensuite, je n’ai plus osé bouger d’un millimètre, faisant mine de lire sans lire la carte sur laquelle j’étais penchée, les yeux exorbités d’horreur par ce que je venais de ressentir et il m’a fallu un long moment avant d’avoir le courage de soulever la tête et me lever de table.

Il m’a aussi fallu une force herculéenne pour que la tête rentrée dans les épaules, le regard bas, je puisse me mouvoir juste pour allumer et régler la radio sur Radio bleue, un truc où ça parle & chante en français humain, en ayant ajusté l’heure, transporter la lampe à pétrole et mon portable à côté de mon matelas gonflé puis me glisser toute habillée dans le sac de couchage.

J’ai tenté de dormir mais ce fut peine perdue.
En chien de fusil, le spot trop cru de la suspension me bouffait la rétine chaque fois que j’ouvrais les yeux, il me fallait alors les fermer à demi pour "monter la garde" et porter mon regard plus bas. Là, je rencontrais la cheminée et son gouffre bien sombre, les murs de torchis déprimants & déchirés par le temps, le radio-réveil qui bizarrement n'affichait plus l'heure mais clignotait à présent et la fenêtre noire d’où je craignais toujours voir surgir je-ne-sais-quoi de plus terrifiant encore.

Comme j’étais à ras le sol, sur mon crâne soufflait en discontinu un souffle froid, une sorte de courant d’air qui ne m’effrayait pas (il soufflera ainsi toutes les autres nuits. Eliot, y'a un courant d'air !). En revanche, m’effrayaient plus que je ne l’étais déjà, des petits picotements glacés qui couraient sur le bout de mon nez et mes lèvres. On aurait dit un mille-pattes ou un insecte hyper rapide aux pattes gelées. Je remontais mon sac de couchage au-dessus de ma tête mais il me fallait respirer de temps en temps. Eh oui, je suis un être humain ayant besoin d’oxygène, moi ! Certainement le seul être humain dans cette maison, tandis que j’entendais encore un ou 2 bruits « humains » venant de la maison d’à côté où il n'y avait soit-disant personne. J’étais morte de trouille.

Dans une économie de mouvements, j’ai envoyé 1 ou 2 sms pour tenter d’être en relation avec d’autres humains que je connaissais et me faire comprendre plus encore que je ne rêvais pas. On m'a répondu "normalement" et j'ai conservé les messages comme preuves que je ne travaillais pas du ciboulot.
Je ne cessais de me rappeler cette sensation incroyable de chaise soulevée sous mon fessier, que rien ne pouvait justifier rationnellement.

De plus, je ne comprenais pas que ces choses viennent de la maison d’à côté toute mignonne et refaite par Eliot puisque je croyais séjourner dans la maison anciennement « hantée » dont l’intérieur était encore très rustique voire primitif. Rien venant de ma maison mais tout d’à côté. C’est quoi ce truc ?

Justement, c’était quoi ces trucs ?!!

Je me souvenais des nouvelles fantastiques (en plus, je n'aime pas ça) de Maupassant, du Horla particulièrement, toujours étudié comme l’expression de la lente montée en folie du narrateur par l'expression de son imagination malade & fertile.
Là, ce n’était pas mon imagination. J’étais toute attention aux bruits alentour et les jingles de mon portable pour sms envoyés/reçus semblaient déchirer de la même façon que les bruits des « voisins » la nuit terrifiante que je passais, me rappelant qu’il était un temps pas si lointain où je vivais au milieu de la civilisation rationnelle avec ses bons et ses mauvais aspects, et que si j’y pouvais mourir écrasée par une voiture sur mon solex, ce n’aurait jamais été de crise cardiaque après une nuit de cauchemar éveillé. En effet, à Paris j'ai des voisins, c'est normal de les entendre un peu d'autant plus que les murs sont en carton. Mais là ?!!

Bon sang, y’a personne de l’autre côté du mur, j’avais vu & visité avec Eliot, le mur entre ses 2 maisons fait un mètre de large (!) et personne n'habite dans l'autre maison, mais c’était comme si j’avais des voisins.

Quand on commence à croire en ça, on peut croire en tout : j’ai passé la nuit à prier qu’on m’épargne, qu’on arrête de me faire peur, qu’on arrête de faire du bruit à côté, que les petites pattes glacées arrêtent de survoler le bout de mon nez et mes lèvres, que j’oublie ce que je venais de vivre surtout !
Peine perdue encore.
Ce n’est qu’aux 1ères apparitions de l’aurore que je me suis autorisée à relâcher mon attention et mon angoisse, et commencer à dormir, lumière, lampe à pétrole et portable allumés.



(Oui, oui, c’est ça ma rando sur les bords de la Rance..)
Myl
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede tocsif » Mar 16 Aoû 2011, 18:16

"des petits picotements glacés qui couraient sur le bout de mon nez et mes lèvres"
Ca c'est parce qu'on a les copeaux, que ça fait ça....genre adrénaline..
un truc comme ça.
Par contre, le bruit de l'enclume qui tombe, et qui soulève la chaise, ça ressemble à...........une météorite, je suis sèrieux là, :hum: ça arrive en cette pèriode de la mi aout, on traverse une zone dépotoir, genre cimetière de comètes, en face de la ceinture d'astéroides (située entre mars et jupiter) , sans compter les bidules soviétiques, et qui n'ont qu'une envie: jouer la fille de l'air.
Myl, vous venez de vivre en avant première la répétition de la fin du monde 2012...AAARRRGGGHHH ON VA TOUS MOURIR. :respect: :respect: :respect:
Dernière édition par tocsif le Mer 17 Aoû 2011, 11:44, édité 2 fois.
tocsif
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede tocsif » Mar 16 Aoû 2011, 19:24

:oldman: doonngg!!! doonngg!!!! repentez vous!!! c'est la fin du monde!!!!

http://www.dailymotion.com/video/xk5aao ... tagne_news
tocsif
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede eliotmozart » Mer 17 Aoû 2011, 00:39

Myl a écrit:Ce n’est qu’aux 1ères apparitions de l’aurore que je me suis autorisée à relâcher mon attention et mon angoisse, et commencer à dormir, lumière, lampe à pétrole et portable allumés.




Ouffff !! enfin tranquille !!!! :twisted: :twisted: :twisted: :twisted: petite grasse mat paisible :twisted: :twisted: :twisted: Eh non, raté, le jour, c'est souvent pareil... :lol:
eliotmozart
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Myl » Mer 17 Aoû 2011, 03:12

eliotmozart a écrit:
Myl a écrit:Ce n’est qu’aux 1ères apparitions de l’aurore que je me suis autorisée à relâcher mon attention et mon angoisse, et commencer à dormir, lumière, lampe à pétrole et portable allumés.

Ouffff !! enfin tranquille !!!! :twisted: :twisted: :twisted: :twisted: petite grasse mat paisible :twisted: :twisted: :twisted: Eh non, raté, le jour, c'est souvent pareil... :lol:


Grasse mat impossible car sur les 11h, Eliot m'a réveillée en me téléphonant pour avoir de mes nouvelles et m'en donner.

Encore dans le cirage, j'étais quand même désolée de devoir lui relater ma nuit éveillée dans la terreur, alors que j'aurais préféré mille fois lui dire avoir passé une soirée et une nuit sereines dans sa maison. Il m'écoutait avec une attention entendue et au ton de sa voix, il ne portait aucun doute sur mon histoire. Il semblait acquiescer à tout comme s'il connaissait déjà toute mon histoire avant même que je la narre.

Quand je lui ai demandé pourquoi j'avais entendu ces choses venant de la pimpante maison d'à côté où y'avait personne et pas de la "mienne" toute vieillotte, il m'a répondu avec gravité et une sorte de constat d'impuissance qu'il me fallait désormais partager avec lui :
"Mais c'est là qu'ils habitent, Myl.."

Ils ?
Myl
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede janot11 » Mer 17 Aoû 2011, 08:05

Bonjour, foutaise, foutaise , myl dans son rêve avec un jeune homme, cela c' est mal passé, trop entre prenant le jeune homme Image il à osé quelque chose qu' il ne fallait pas, et les craquements........ c' est peut-être d' être tombé de la chaise.
Dernière édition par janot11 le Mer 17 Aoû 2011, 21:55, édité 1 fois.
janot11
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Myl » Mer 17 Aoû 2011, 13:29

Ouais, ouais, c'est c'la oui..
Myl
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede kaskedor » Mer 17 Aoû 2011, 20:23

t'inquiètes Myl
Certains squatters de la nuit du samedi au dimanche ont , eux aussi , entendu des bruits zarbi ( pas moi , j'avais des bouchons d'oreilles :mrgreen: :mrgreen: :mrgreen: )
Maintenant , il faudra que Éliot me prêtes sa maison un de ces jours et que j'y dorme seul ( enfin ... avec Titine quand même , pour me tenir compagnie .... au cas où )
kaskedor
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Dexter » Jeu 18 Aoû 2011, 00:11

Moi aussi je confirme. Et je pense que 99,5% des personnes ayant dormis sur place confirmeront.
Perso j ai trouve cela interressant, et je suis près a renouveler l aventure afin de peut être trouver une explication plausible.
Pendant que j'y pense quelqu un peut il me traduire le morse suivant svp:

..._ ..._

Ce sont les bruits répétitifs de la nuit ....
Dexter
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Myl » Jeu 18 Aoû 2011, 00:46

kaskedor a écrit:(...)
Certains squatters de la nuit du samedi au dimanche ont , eux aussi , entendu des bruits zarbi (...)
Maintenant , il faudra que Éliot me prêtes sa maison un de ces jours et que j'y dorme seul ( enfin ... avec Titine quand même , pour me tenir compagnie .... au cas où )

Dexter a écrit:Moi aussi je confirme. Et je pense que 99,5% des personnes ayant dormis sur place confirmeront.
(...) je suis près a renouveler l aventure (...)

Patience ! je vais arriver à la nuit de samedi à dimanche. D'autant plus que je me suis couchée la dernière.

Moi aussi, je voudrais y retourner (mais p-être pour d'autres raisons)..
Myl
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Myl » Jeu 18 Aoû 2011, 03:27

Ce matin-là, comme les autres, il pleuvait vaguement, un peu plus, un peu moins selon les minutes. Nous sommes en Bretagne, au pays de la pluie. (Nan nan, j’veux pas d’répliques..). C'est rapé pour mon linge accroché au fil ; je l'ai laissé.

J’ai vaqué à quelques occupations à l’intérieur de la maison mais je ne m’y sentais plus insouciante. Je repensais sans arrêt à ma nuit et surtout à cette chaise incroyable qui avait mû sous moi. Une chose était certaine : je ne dormirai plus jamais seule dans cette maison ! J’attendais l’arrivée prévue aujourd’hui de Kaskedor comme celle d’un messie salvateur mais Eliot au téléphone avait émis quelques doutes..

Il me faudrait donc rester encore seule cette nuit avec ces « voisins » invisibles ? Comment allais-je faire ?

J’ai tenté 2 ou 3 fois une petite expérience scientifique : taper violemment du talon contre le sol de ma maison puis avec un pied de chaise pour estimer le bruit & l’onde de choc que ça pouvait produire. Le résultat fut atterrant pour moi car le béton ou ciment du sol n’a transmis aucune vibration, n’a rien fait bouger et n’a émis aucun bruit. La chape est trop épaisse et solide. Me suis juste fait mal au talon. Comment alors ma chaise avait-elle pu trembler avec moi dessus, la veille ?

Justement la veille, à travers la clôture, j’avais aperçu une vieille dame traverser lentement son grand jardin pour s’approcher de moi. On avait commencé à discuter. Elle avait une très grosse tête un peu carrée et franchement disproportionnée par rapport à son corps donc bizarre, une sorte d’elephant woman ratée ou une cousine de la famille Adams mais au bout de quelques instants, je n’y avais plus prêté attention. Elle m’a parlé de sa petite fille à qui il manque un œil. Décidément !

Elle m’a surtout appris qu’elle habitait le village depuis 1970 et que la maison mitoyenne à la mienne avait connu plusieurs propriétaires successifs (tu penses !) mais que je ne craignais rien dans celle où je logeais.
Pour moi, ça ne fonctionne pas comme ça. Si y'a des gens qui ne sont pas vivants mais vivent quand même, des "fantômes" bruyants derrière le mur de ma chambre, c'est comme s'ils étaient sans arrêt à ma table quand je m'assois ou dans mon sac de couchage quand je me couche. Pour moi, le comble du pire, c'est que "ça" existe, derrière ou devant mon mur, je m'en fous. C'est dingue de chez incroyable - mais vrai. Je n'en reviens pas, je n'en reviendrai jamais.

La dame a gentiment ajouté que si je rencontrais un problème cette nuit, je pouvais toujours me réfugier chez elle.
Ah, ça c’est sûr que ça m’a vachement rassurée d’imaginer être suffisamment terrorisée pour bondir pieds nus hors de mon sac de couchage en plein milieu de la nuit profonde pour me précipiter à l’aveugle chez elle avec sa drôle de tête carrée ! Je ne sais même pas où se trouve l’entrée de sa maison et y’a aucun réverbère dans ce pays. Avec mon bol, je me retrouverais à errer dans le cimetière.. Au s'cours !

Comptant sur un dernier espoir, j’ai téléphoné à Kaskedor qui m’a dit qu’il renonçait à venir aujourd’hui car sa miss travaillait toute la journée. Oh, misère ! Comment allais-je survivre cette nuit ?

Alors, je faisais comme si tout était normal mais ma tête était ailleurs. Je sentais une sorte de frénésie, d’inquiétude ou d’angoisse permanente à l’intérieur de moi tandis que mes gestes restaient lents presque religieux dans l'atmosphère lourde. Je mangeais un peu, essayais en vain de lire, cirais consciencieusement les chaises (j'aime bien nourrir le bois et l'odeur qui s'en dégage mais j'aurais préféré de l'huile de lin + térébenthine, bref), je m’allongeais sur le transat indonésien, arrangeais l’endroit au mieux mais je pensais à autre chose. Comme je changeais d’activité toutes les 5 mn sans pouvoir me concentrer sur rien, j’ai décidé de m’éloigner de l’endroit et de rouler en solex.

J’avais trouvé un but ardent qui me rassurait un peu et m'occupait l'esprit : trouver des bougies et du pétrole car il n’y en avait presque plus dans la lampe.
Non, je n’avais pas l’intention de foutre le feu à la maison ou de m’immoler de désespoir mais d’éclairer l’intérieur de la maison la nuit autrement qu'avec le plafonnier violent.

La pluie avait cessé, l’air était humide et le ciel gris pâle. Comme je n’ai pas le sens de l’orientation, j’ai tourné à droite vers saint-Maden alors que je savais qu’il n’y avait pas d’épicerie dans le coin mais seulement du pain.

Rouler en solex me permettait de découvrir la campagne dont j’avais envie. L’endroit est vraiment chouette. Personne nulle part, d’accord mais de la verdure, de la bonne odeur de terre mouillée ou de bouse de vache et un petit goût d’aventure : je ne rentrerai pas tant que je n’aurais trouvé une épicerie ou une supérette alors qu’avec mes qualités naturelles, je risquais fort de me perdre. Où dormirais-je, ce soir ? Ce faisant, j’étais heureuse de constater que rouler en solex me faisait vraiment changer d’air dans tous les sens du terme et m’apaisait beaucoup.

A st-Maden rien mais un fléchage indiquait Yvignac-la-tour que je connaissais de nom donc, qui devait être plus grand et étonnamment après quelques km sur mon 3300, j’ai trouvé l’endroit ! Et même un supermarché, des chauffe-plat, des cristaux de soude pour laver des trucs et d’autres bricoles mais pas de pétrole. Toute fière, j’ai mis les courses dans les sacoches et suis repartie en passant devant une flèche indiquant Plélan-le-petit. Ca m’a fait drôle..

Aucun souci pour rouler jusqu’à Guenroc mais c’est là que je me suis perdue. Alors.. voyons voir.. j’habite pas du côté du cimetière, ni celui du presbytère (p’tain que c’est joyeux !) mais ouesque j’habite ? et les recommandations d’Eliot me sont revenues : jardin avec jouets d’enfants, tourner à G puis mini-maison en torchis orange, tourner à D.

Etrangement, j’étais contente d’avoir retrouvé le chemin de la maison avec pas loin le berger allemand qui aboie férocement jusqu’à son seuil électrifié et en même temps, j’angoissais lentement au fur & à mesure que le solex s’approchait de la maison lors des dernières dizaines de tours de roue. J’aurais cette même impression ambivalente chaque fois que je m’approcherai seule en solex de cette maison pour la retrouver.
Myl
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Myl » Jeu 18 Aoû 2011, 04:33

Comment s’est passée ma seconde soirée ? Ben, normalement et bizarrement à la fois. Je faisais comme si tout était normal mais rien n’était vraiment normal.

Déjà à la nuit tombée, fermer sa porte à clefs m’a interpelée car habituellement, c’est pour se préserver de l’extérieur, alors que dans ma situation, c’est à l’intérieur que se passaient des choses effrayantes.

Honnêtement en tout, j’ai dû entendre 2 ou 3 bruits "humains" (coups, craquement ou petit déplacement d’un meuble) dans la soirée ; ces bruits entendus cette seconde nuit me confirmaient la scène de la chaise de la 1ère. Ils provenaient toujours de la maison d'à côté (« Ben, c’est là qu’ils habitent, Myl.. ») et étonnamment, ça m’a fait un peu moins peur, ça m’a moins surprise que la veille. Je n’étais plus estomaquée mais comme confirmée dans une terrifiante certitude. Pour moi, il n’y avait pas pire que de se sentir soulevée de sa chaise à cause d’un violent coup sourd alors qu’on ne s’attend à rien et qu’on est seul & sans voisin. Quelle force surhumaine est capable de produire cela ? D’où vient-elle surtout ?! Je l’ignore mais elle existe et c’est ça qui est terrible.

Après avoir vaqué, le soir étant venu vite, j’ai disposé comme pour un rituel des petites bougies partout, allumé la lampe à pétrole en baissant sa flamme au plus faible pour ne pas me retrouver en rade, j’ai laissé la radio toujours clignotant (l’heure n’a plus voulu se régler après la 1ère nuit) et allumée sur un programme de France-inter sur le village de Bécherel (le monde est petit) visité la veille avec Eliot. Je me serais bien couchée encore toute habillée mais j’ai fait l’effort de me mettre en pyjama alors que chaque mouvement me coûtait beaucoup car j’avais peur même de respirer. Oui, je voulais que tout paraisse normal pour tromper l’ennemi : j'ai donc mis mon pyjama en respirant profondément.

Puis j’ai éteint la lumière générale, enfin, j’ai essayé.. Deux secondes seulement d’obscurité car la pièce seulement éclairée par les bougies et la lampe à pétrole au sol paraissait encore plus terrifiante car elle ressemblait à une veillée funèbre dans un caveau un soir de Décembre, en laissant encore plus qu’habituellement de profondes zones très sombres aux encoignures et en multipliant les ombres noires & vacillantes de tous les objets. Allez, encore une nuit avec un spot au zénith sur la tronche et la radio qui fonctionne ! super vacances..

Oui, j’ai eu encore peur en position quasi-fœtale dans mon sac de couchage. J’hésitais entre « faire la morte » pour ne pas attirer l’attention de mes voisins invisibles et « faire la vivante » pour leur montrer que je n’avais rien remarqué de leur manège et donc que ce n’était pas la peine qu’ils recommencent à se manifester.

J’essayais désespérément de m’accrocher à la perspective que le lendemain samedi, je vivrais des choses normales, concrètes et rassurantes avec primo Eliot devant débarquer à 11h (j’ai mis mon réveil à 10h) avec sa bonne humeur habituelle, secundo Kaskedor + 24h mais avec sa grosse gueule qui n’a peur de rien et tertio tout le reste de la colo des solexistes qui allaient sans coup férir me replonger en un rien de temps dans le monde des vivants, de la rationalité et des conneries habituelles. Je savais qu'avec eux, je n'aurais plus peur quoi qu'il arrive. Enfin ! J'avais tellement envie de retrouver le monde où l'on naît, on vit, on rit, on pleure et on meurt - et basta !

Pour l’instant, j’en étais encore loin. Les petits insectes aux pattes glacées de la veille avaient repris leur course incompréhensible sur mon nez et mes lèvres, et mes oreilles étaient aux aguets du moindre bruit. La nuit fut longue.
Myl
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Myl » Jeu 18 Aoû 2011, 15:49

Le lendemain matin, second essai raté de grasse mat'. Je me suis réveillée mais pas au son de l’alarme de mon réveil programmée à 10h : au bruit causé par la voix de gens qui parlaient dans la cour en s’approchant du seuil de la maison d’à côté. Réflexivement et en plissant les yeux, j’ai regardé mon portable : il marquait 8h50 ! La radio diffusait une petite chanson populaire plus faiblement, pensai-je à ce moment précis, que ce que je n'entendais la veille au soir émis par cette même radio, comme si quelqu'un avait baissé le son durant mon sommeil. Tout est amplifié, se dramatise la nuit ; tout se normalise le jour.

« Merde ! Eliot (qui devait venir à 11h) est en avance et il débarque avec sa copine de la maison d’à côté. Merde de merde ! J’ai pas entendu leur voiture arriver sur le gravier de l’entrée, j’ai pas fini ma nuit, j' suis dans le coltar, j’ai pas pris ma douche, j'ne suis pas habillée, j’ai pas petit-déjeuné, maintenant Eliot va m’en vouloir de le faire poireauter alors que c’est lui qu’est en avance, et quelle figure décomposée vais-je présenter pour la 1ère fois à sa copine alors qu’elle ignore évidemment que le matin, je suis toujours un ours, incapable de parler ni de sourire à quiconque, suis pas prête, merde ! »

Ce furent les pensées consternées qui me traversèrent l’esprit alors que je m’extirpais difficilement de mon sac de couchage en pestant intérieurement.

Tandis que je tentais d’enfiler mes tongs en ratant plusieurs fois le séparateur d’orteils, je procédais à un rapide calcul du temps dont je pouvais disposer à présent pour me préparer sans trop agacer & abuser de la patience d’Eliot occupé pour l'instant à discuter dehors avec sa copine et p-être avec une 3ème personne car c’est ce que je percevais. Celui dont la copine aurait besoin pour se réinstaller après 2 jours d’absence, additionné à celui d’Eliot vidant son coffre après ses dernières courses ou s’occupant de son chien Mozart.. Je conclus que j’avais un quart d’heure à 20 mn devant moi pour me préparer sans trop gêner mon hôte. Insuffisant !

Les tongs enfin enfilées, je râlais donc intérieurement contre cette arrivée précoce en me dirigeant les paupières lourdes et le pas tout autant vers la fenêtre pour voir la voiture blanche d’Eliot dans la cour et le visage de sa copine mais en écartant légèrement les rideaux, je constatai avec stupeur qu’il n’y avait personne dans la cour, ni sur le seuil ! Absolument personne, ni chien, ni voiture, ni rien qu’un peu de pluie tombant sur mon linge encore accroché au fil. Quand est-ce qu'il va sécher, celui-là ? D’ailleurs, les conversations extérieures perçues avaient cessé, plutôt s’étaient estompées dès que j’avais touché les rideaux.

A la vérité, j’étais à moitié étonnée. Je croyais avoir la berlue à cause du fait que j’étais encore dans le cirage, alors j’ai bien écarquillé les yeux en battant des paupières plusieurs fois, ai tourné la tête au maximum pour tenter d'apercevoir quelqu’un mais ai compris en moins de 2 qu’il n’y avait vraiment personne car de toute façon, pour arriver jusqu’ici, fallait être motorisé et aucune voiture d’aucune couleur n’était parquée dans l’entrée.

Sans discours intermédiaire, la radio donnait une autre chanson légère. Le ciel était gris mais la maison moins froide que la nuit précédente. Je me suis dit que ce n’était pas normal (sans blague..) d’entendre presque distinctement une conversation entre 2 ou 3 personnes avec vraiment le ton presque joyeux de personnes rentrant chez elles comme après avoir fait les courses et pourtant de ne découvrir personne, pas âme qui vive (vraiment ?) mais bizarrement ( ?), cela ne m’a pas effrayée parce qu’il faisait jour. Je me suis dit tout bonnement ou débilement que c’était "les voisins qui n’existent pas" qui rentraient du supermarché ("ils" mangent ?) et puis voila.

Bien fatiguée, j’ai voulu me recoucher en attendant que le réveil sonne vraiment à 10h puis ai trouvé cela stupide. Tant pis, j’aurais encore plus de temps pour me préparer et préparer la maison - ce qui fut le cas. J'eus même le temps de faire un tour dans le jardin et le petit bois. Mes vieilles et confortables chaussures de cuir gras absorbaient comme une éponge l'eau de la rosée et de la pluie mais c'était irrésistible de voir des petits papillons voltiger autour des brins d'herbe comme autant de petits bonheurs pour moi.

Vers les 11h30, Eliot est arrivé en parquant sa voiture blanche dans l’entrée de gravier et en en faisant sortir son chien Mozart du coffre. Pas de copine.

Je lui ai raconté ce qui m’était arrivé et sans s’étonner un seul instant, il m’a dit qu’effectivement, « ils » avaient l’habitude de sortir en journée vers 9h et aussi 16h. La veille à 16h, j’étais sur les routes en solex et n’avais pu être témoin de rien, heureusement.

Ensuite, on a vaqué aux derniers détails pour l’arrivée des solexistes et quand Kaskedor a téléphoné pour dire qu’il était à 5 mn de la maison, on a sauté sur nos solex pour l’accueillir et l’escorter.

Quel bonheur pour moi (et on le comprendra aisément) de le voir arriver débonnairement et encore tout barbu, avec toute sa famille dans sa voiture chargée au ras bord et poursuivie par une remorque sur les chemins de Guenroc ! Une nouvelle ère commençait.

Il faisait jour, y’avait des copains, des solex, des projets de balades, des vrais bruits de klaxon, de vraies paroles prononcées par de vraies gens « Bonjour, bonjour ! comment ça va toi ? », tout s’était métamorphosé en joie et insouciance !
Myl
 

Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede Osiris » Jeu 18 Aoû 2011, 19:48

:hum: c'est une crise de délirium très mince ...?
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Re: Randonnée "Les Bords de Rance" le 7 Août

Messagede alain76 » Ven 19 Aoû 2011, 12:45

Et bien, vas y toi et racontes nous après :twisted:
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